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08.04.2016

Les cernes des arbres sont formels: les derniers Romains ont grelotté

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En analysant les cernes des vieux arbres du massif de l'Altaï, les chercheurs peuvent reconstruire les températures estivales des deux derniers millénaires en Eurasie. Photo: Vladimir S. Myglan. Clique sur la photo pour l'agrandir
 
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Dès le cinquième siècle et pendant plus de 800 ans, les moines irlandais - notamment ceux du monastère sur l'île écossaise d'Iona, sur cette photo - ont tenu des chroniques extrêmement détaillées. Ils y ont rapporté d'innombrables observations d'événements climatiques, qui sont très utiles pour les chercheurs d'aujourd'hui.
Photo: Francis Ludlow. Clique sur la photo pour l'agrandir
 
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Le «Petit âge glaciaire de l’antiquité tardive» (Late Antique Little Ice Age, LALIA) a commencé en 536 AD. Il apparaît clairement dans les températures estivales reconstruites (hachure bleue à gauche). Cliquer sur le graphique pour l'agrandir

Au WSL, il existe des détectives qui décryptent les indices cachés dans les arbres. Ils mesurent les cernes annuels de très anciens arbres pour y lire le climat d’époques révolues. Ces détectives – des dendrochronologues – viennent de découvrir qu’à la fin de l’époque romaine en Europe et en Asie, il a fait affreusement froid pendant une centaine d’années, un véritable «petit  âge glaciaire».

Celui-ci n’a rien à voir avec une véritable glaciation, telle qu’elle est représentée dans le dessin animé «L’âge de glace» et qui dure plusieurs milliers d’années. Le dernier véritable âge glaciaire s’est terminé il y a 12 000 ans, à l’époque où mammouths et autres tigres à dents de sabre déambulaient encore sur le Plateau. Les chercheurs climatiques appellent « petit âge glaciaire » une phase froide bien plus courte, telle qu’on l’a observée entre le Moyen-âge et la fin du XIXe siècle. En Suisse, les lacs gelaient alors régulièrement, et de nombreux êtres humains ont souffert de la faim en Europe.

Mais les dendrochronologues du WSL ont désormais identifié un «petit âge glaciaire» plus froid, plus long, et qui a touché sur des régions plus étendues. L’indice le plus flagrant provient d’arbres morts originaires des Alpes et de l’Altaï en Russie, dont le bois a souvent plus de 2000 ans. En montagne, les arbres ne peuvent croître qu’en été. Ils poussent beaucoup quand l’été est chaud, et moins quand il est frais. Les cernes annuels présentent donc une largeur variable qui traduit les températures à l’époque où vivaient ces arbres.

Le puzzle des cernes annuels

Comme pour un grand puzzle, les chercheurs ont utilisé les cernes de ces arbres pour reconstituer les températures estivales des deux derniers millénaires. Ils ont identifié une phase très froide d’une centaine d’années à partir de 536 de notre ère et l’ont baptisé «petit âge glaciaire de l’antiquité tardive», puisque les historiens appellent cette époque l’antiquité tardive. Les responsables de ce refroidissement sont trois énormes éruptions volcaniques dont les cendres ont empêché les rayons du soleil d’atteindre la surface de la terre.

Un travail d’équipe pour plusieurs disciplines

Il s’agit du plus fort refroidissement dans l’hémisphère nord au cours des deux derniers millénaires. Pour essayer de comprendre quels effets il avait eu sur les êtres humains de l’époque, les dendrochronologues du WSL ont formé une équipe avec des chercheurs d’autres disciplines. Les historiens savent par exemple qu’à cette époque, une terrible épidémie, la peste de Justinien, s’est répandue en Méditerranée. Elle a décimé des millions de personnes au cours des 150 ans qui ont suivi.

De nombreuses personnes ont émigré

Cette peste, pensent les historiens, a contribué à la fin de l’Empire byzantin, qui s’étendait alors des Balkans jusqu’en Egypte, en passant par la Grèce actuelle et la Turquie. Les linguistes, eux, ont pu démontrer que des peuples qui parlaient des langues slaves ont envahi les territoires abandonnés par les Romains, permettant à ces langues de se répandre en Europe de l’Est.

Les historiens décrivent également des migrations de populations à cette époque: les peuplades nomades des steppes d’Asie centrale, dans le Kazakhstan actuel, ne trouvaient plus de quoi se nourrir. Elles se sont alorsdéplacées vers l’orient en direction de la Chine, où elles ont renversé les pouvoirs en place. À la même époque, le climat était plus froid et plus humide sur la péninsule arabique aujourd’hui sèche, de telle sorte que les Arabes ont pu élever de grands troupeaux de chameaux pour leurs armées. Ainsi, ils eurent les moyens nécessaires à des conquêtes vers le nord, dans le Moyen-Orient actuel, pour étendre leur empire.

L’ampleur de la contribution du petit âge glaciaire sur les tumultes des sociétés de l’époque ne peut être que pressentie par les chercheurs, et non prouvée. Mais ils écrivent dans leur étude : «Le petit âge glaciaire de l’antiquité tardive coïncide parfaitement avec les bouleversements de cette époque».

Pour en savoir plus

 

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