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15.12.2016

Des champignons venus d'ailleurs

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L’étonnant anthurus d’archer est originaire d’Australie. Il est apparu en 1914 dans les Vosges et a été observé pour la première fois en 1942 en Suisse. Il apparaît dans les pâturages et autres sites recevant des engrais. (Photo: Beatrice Senn-Irlet/WSL)
 
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Certaines maladies fongiques importées involontairement contaminent aussi les arbres autochtones, par exemple le dépérissement des pousses du frêne. Cette maladie a été observée pour la première fois en 2008 à Bâle, et entre-temps, ce sont 90 % de tous les peuplements de frênes suisses qui sont atteints. (Photo: Protection de la forêt suisse/WSL)
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Qu’est-ce donc? Un alien? Oui, mais pas un extra-terrestre, seulement un extra-suisse: cet étonnant anthurus d’archer est originaire d’Australie. Ce champignon à l’odeur fétide est l’une des plus de 300 espèces qui ne poussaient pas naturellement chez nous et que deux chercheurs du WSL ont listées pour la première fois.

Parmi ces «nouveaux venus», de nombreux sont nuisibles pour les plantes, mais d’autres sont comestibles. Parmi ces derniers, certains ont des noms étranges, comme le bolet ivoire ou encore le strophaire à anneau rugueux brun-rouge, lequel s’est échappé de plantations pour se répandre dans la nature. Il vaut mieux ne pas entrer en contact avec certains autres petits nouveaux, notamment le clitocybe parfumé d’Afrique du Nord. Il provoque des empoisonnements graves et peut être facilement confondu avec les clitocybes et lépistes locaux.

Neuf frênes sur dix malades

La plupart des «nouveaux» champignons (les spécialistes parlent de néomycètes, du grec neo = nouveau et mykes = champignon) sont bien plus insignifiants: ils se développent sous la forme d’une couche blanche, rouge ou grise sur les feuilles, ou bien de taches sombres sous l’écorce.

Ils peuvent pourtant provoquer de gros dommages. Un des ces champignons est responsable du dépérissement des pousses du frêne, qui atteint actuellement neuf frênes sur dix en Suisse. Les spores du champignon pénètrent dans les feuilles, d’où se développent alors des filaments vers les branches et le tronc. Ceux-ci détruisent les tissus vivants de l’écorce contribuant à la croissance et au transport de la sève, ce qui détruit souvent l’arbre sauf s’il arrive encore à se défendre en perdant les feuilles contaminées. Cette maladie a été détectée pour la première fois en 2008 sur des frênes à Bâle, et elle s’est répandue en quelques années dans toute la Suisse.

Les espèces qui se répandent de manière incontrôlée et qui provoquent des dommages sont qualifiées d’invasives. Ludwig Beenken et Beatrice Senn-Irlet, mycologues au WSL, ont identifié huit champignons de ce type. Heureusement, la plupart des 300 autres néomycètes décrits sont sans danger. Un cinquième vit sur des matières organiques mortes, et on les appelle saprophytes (du grec sapros = pourri et phyton = plante). Quelques-uns, assez rares, vivent même en symbiose avec les arbres, c’est-à-dire qu’ils se rendent mutuellement service.

Des espèces exotiques dans le jardin

Quatre cinquièmes des nouveaux venus sont certes des parasites nuisibles, mais généralement uniquement de plantes exotiques de jardin. «Ils ont dû arriver en Europe sur les plantes hôtes avec le commerce mondial, puis se répandre en Suisse par commercialisation des plantes ou par transport de spores par le vent», explique Ludwig Beenken. C’est pourquoi de nombreux néomycètes apparaissent sur le Plateau, où les jardiniers amateurs sont très nombreux.

Certains néomycètes sont arrivés en Suisse il y a déjà plus d’un siècle. L’étrange anthurus d’archer est connu depuis 1942 en Suisse. «La présence de champignons allochtones en Suisse n’est certes pas un phénomène nouveau, mais il s’accélère», ajoute Beatrice Senn-Irlet.

Car le commerce mondial augmente, et le réchauffement climatique permet aux plantes et champignons aimant la chaleur de s’implanter en Suisse. C’est pourquoi les chercheurs pensent que les importations de plantes vivantes, mais aussi de bois ou de terre devraient être davantage contrôlées.

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