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Les forêts repoussent-elles après un incendie?

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Un incendie peut détruire la fonction de protection naturelle de la forêt, et dévaster les espaces vitaux des animaux et des plantes. (Photo: D. Kraus, waldwissen.net)
 
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En août 2003, au-dessus de Loèche, le feu a détruit une surface de forêt équivalente à 420 terrains de foot. (Photo: U. Wasem, WSL)
 
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L’épinard fraise est une espèce rare en Suisse. Autrefois, il était cuisiné comme l’épinard, et ses baies, dont le goût ne rappelle d’ailleurs que de très loin celui de la fraise, étaient mangées crues. Dans la région incendiée de Loèche, cette ancienne espèce de légume a repoussé en grande quantité deux ans après l’incendie. Les graines de l’épinard fraise ont vraisemblablement survécu pendant plusieurs décennies dans le sol.
 
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L’anthaxie hongroise est protégée en Suisse. Les entomologues ont observé ce scarabée rare sur les zones incendiées ouvertes de Loèche. (Photo: B. Wermelinger, WSL)
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Les effets des incendies de forêt sont très variés. Les flammes détruisent arbres, graminées et buissons, et privent de nombreux animaux de leur habitat. En contrepartie, le feu crée de nouveaux milieux naturels spéciaux pour des espèces rares de plantes ou d’animaux. Mais la forêt qui repousse après un incendie est-elle la même qu’avant? Et si oui, combien de temps lui faut-il?

Lorsqu’un incendie de forêt se déclare, certains animaux n’arrivent pas à s’enfuir assez rapidement devant les flammes pour se cacher dans des grottes, des terriers ou sous des pierres. Ce sont alors surtout les petits animaux qui meurent, et parfois, même des vies humaines sont menacées. Les incendies de forêt peuvent également détruire maisons et routes. Par ailleurs, ils contribuent au réchauffement climatique car ils libèrent du dioxyde de carbone, alors que le carbone était auparavant stocké dans les arbres et le sol.

Lorsque la chaleur de l’incendie pénètre profondément dans le sol, elle détruit les racines qui stabilisaient le terrain. Par la suite, de fortes pluies risquent alors de déclencher des glissements sur les pentes. Dans les Alpes, les incendies sont un problème pour les forêts de protection tant que celles-ci ne peuvent plus protéger les villages et les routes des avalanches, chutes de pierres et éboulements .

Un pyromane déclenche un incendie à Loèche

C’est lors d’une chaude soirée d’été en 2003 qu’un pyromane a mis le feu dans le village valaisan de Loèche. En très peu de temps, tout le versant a été la proie des flammes. Pendant la nuit, l’incendie a dévoré quelque 200 000 arbres sur plus de 300 hectares de forêt, soit la surface de 420 terrains de foot. Le feu a continué à couver dans le sol pendant un mois avant que les pompiers ne lèvent complètement l’alerte.

Au WSL...

les spécialistes de la forêt, de la biodiversité et des dangers naturels étudient le site incendié de Loèche pour comprendre comment la faune et la flore se développent depuis 2003 et pour estimer le temps qui sera nécessaire avant que la forêt puisse à nouveau protéger les villageois des chutes de pierres et des glissements de terrain.

De nouvelles espèces recolonisent les terres brûlées

Les chercheurs du WSL ont constaté que les chênes pubescents et les mélèzes supportaient mieux les incendies de forêt que les pins sylvestres et les épicéas. Sur les surfaces complètement détruites, ce sont les peupliers, saules et bouleaux qui ont été les premiers à reprendre racine.

Les mousses, graminées, plantes et buissons se sont répandus dès la première année dans les combes et couloirs, notamment la funaire hygromètre, l’épilobe à feuilles étroites ou bien le pastel des teinturiers, dont les spores et graines ont été transportées par le vent dans la zone incendiée. Par ailleurs, une plante considérée comme disparue a resurgi : l’épinard fraise, dont les graines ont vraisemblablement survécu pendant plusieurs décennies dans le sol.

Les espèces d’insectes qui aiment la chaleur et la sécheresse ont recolonisé les surfaces peu après l’incendie, notamment le criquet italien. Des scarabées logeant dans le bois, comme l’anthaxie hongroise, une espèce protégée, profitent du bois mort laissé par l’incendie, tandis que les abeilles butinent les fleurs présentes en grand nombre. Dans la zone incendiée, on observe dix ans après l’évènement environ deux fois plus d’espèces différentes que dans la forêt voisine qui n’a pas été touchée.

Il faudra cependant encore plus de cent ans jusqu’à ce que toutes les espèces d’animaux et de plantes typiques recolonisent le terrain, et que la forêt puisse à nouveau protéger les villageois. En tous cas, on peut se demander si, en raison des changements climatiques, la forêt retrouvera un jour la même apparence qu’il y a seulement 15 ans. Peut-être que les seules essences d’arbres et les plantes qui repousseront seront celles spécialisées pour survivre sous un climat plus chaud et plus sec.

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