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Birmensdorf, 23.09.2012

Les forêts européennes risquent de subir une forte dévalorisation d’ici 2100

Distribution potentielle des principales espèces forestières 2100
Figure 1: Répartition potentielle des principales essences forestières en Europe avec le scénario A1B (réchauffement modéré, 2070-2100) [pour plus d’informations, reportez-vous à l’article original dans Nature Climate Change]. Cliquer pour agrandir.
 
Distribution des principales espèces 2000
Figure 2:  Répartition potentielle des principales essences forestières en Europe pour la période climatique de référence (1950-2000) [pour plus d’informations, reportez-vous à l’article original dans Nature Climate Change]. Cliquer pour agrandir.

 
Répartition des principales espèces 2100 (proportions)
Figure 3: Evolution des proportions de la surface occupée par les principales essences forestières en Europe avec le scénario A1B jusqu’en 2100 [pour plus d’informations, reportez-vous à l’article original dans Nature Climate Change]. Cliquer pour agrandir.
 
Evolution de la valeur estimée des forêts
Figure 4: Evolution de la valeur estimée («valeur actualisée du fond», en anglais: Land expectation value, LEV) selon trois scénarios du GIEC (2010-2100), par rapport à l’année de référence 2010 (= 100%) et avec un taux d’intérêt moyen de 2% [pour plus d’informations, reportez-vous à l’article original dans Nature Climate Change]. Cliquer pour agrandir. 
 
Droits d’auteur: L’Institut fédéral de recherches WSL met gratuitement à disposition le matériel iconographique pour l’illustration d’articles de presse liés à ce communiqué. L’importation de ces illustrations dans des bases de données photographiques et la vente à des tiers sont strictement interdites.

D’ici 2100, les changements climatiques pourraient réduire la valeur économique des forêts de 14 à 50 %, ce qui équivaudrait, en l’absence de mesures efficaces, à une perte potentielle de plusieurs centaines de milliards d'euros. Telle est la conclusion de la première étude paneuropéenne relative aux effets économiques du changement climatique sur les forêts en Europe. Cette étude a été menée par une équipe internationale de scientifiques dirigée par Marc Hanewinkel de l'Institut fédéral de recherches WSL en Suisse. Elle a été publiée en ligne le 23 septembre 2012 dans la revue Nature Climate Change.

Même avec un scénario de changement climatique modéré, les changements de température et les précipitations influenceront fortement la répartition de la plupart des essences forestières. A terme, les espèces adaptées au froid et à une humidité moyenne, comme l'épicéa commun, qui contribue aujourd’hui à une grande part de la valeur d'exploitation des forêts européennes, seront exposées à long terme à une forte diminution de leur superficie. Une équipe internationale composée de scientifiques de l'Institut fédéral de recherches WSL, de l'Institut de recherches forestières du Bade-Wurtemberg (Allemagne), de l'Université et du centre de recherches Alterra/Wageningen (Pays-Bas), de l'Institut forestier européen (Finlande) et de l'Université de Freiburg (Allemagne) a appliqué trois scénarios de changement climatique du GIEC*. Dans les trois cas, l'épicéa commun s'établira plus au nord et disparaîtra probablement d’une grande partie de l’Europe centrale, orientale et occidentale (figure 1 et 2). Il pourrait éventuellement survivre à haute altitude dans les Alpes. Les essences méditerranéennes, en revanche, mieux adaptées à la sécheresse mais à croissance plus lente, comme le chêne-liège ou le chêne vert, profiteront du changement climatique et s’implanteront beaucoup plus au nord. A long terme, la proportion de la forêt européenne (à l’exclusion de la Russie) occupée par ces essences passera de 11 % actuellement à plus de 32 % en moyenne (figure 3) dans le scénario modéré du GIEC. Dans le scénario bas, le plus optimiste, leur répartition passerait à plus de 28 % et, dans le scénario le plus pessimiste, à plus de 40 %.

Les experts s’attendent à un très fort impact des changements climatiques sur la répartition des espèces d'arbres qui constituent les forêts européennes. D’ici 2100, lorsque l'épicéa commun aura éventuellement disparu d'un grand nombre de régions, entre 21 et 60 % (34 % en moyenne) des zones forestières européennes ne seront adaptées qu’à un type de forêt composée de chênes méditerranéens, qui offrent un faible rendement économique pour l'industrie du bois. Ces forêts à croissance lente capteront également moins de carbone qu'aujourd'hui. Vers 2100, selon le taux d'intérêt en vigueur et le scénario climatique appliqué, les pertes pourraient se situer entre 14 et 50 % (28 % en moyenne) de la valeur actuelle des zones forestières européennes (à l’exclusion de la Russie). A la fin de ce siècle, les pertes pourraient atteindre 190 milliards d'euros en moyenne, selon le scénario modéré du GIEC, et pourraient se situer dans une fourchette allant de 60 à 680 milliards d'euros, selon le taux d’intérêt et le scénario climatique appliqués.

La plantation d'espèces adaptées à la sécheresse est-elle une alternative viable ?

A moins de compenser l'impact climatique par des mesures adéquates, l'Europe sera confrontée à une diminution de la valeur économique de ses forêts, qui seront par ailleurs moins aptes à atténuer les effets des changements climatiques que les forêts actuelles, plus productives. Au minimum, il pourrait s’avérer nécessaire de recourir à des mesures de gestion adaptées, voire d’envisager l'introduction d'espèces non indigènes mais plus productives comme le sapin de douglas, le cèdre de l'Atlas ou des variétés de pins ou d’eucalyptus.

Si ces scénarios se réalisent, sur le Plateau suisse et dans les Préalpes, l'épicéa commun sera essentiellement remplacé par des espèces de chênes d’Europe centrale et méridionale, et par des hêtres. L'épicéa et le sapin ne seront plus guère rentables que dans les forêts alpines d'altitude. Ceci aura probablement des conséquences sur l'industrie du bois, qui depuis des décennies dépend largement de l'épicéa et du sapin. Sans mesures adéquates, les propriétaires de forêts suisses doivent s’attendre à une baisse de leurs revenus.

* = trois des quarante scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont été appliqués dans cette étude:

  • B2 (bas; régional, viable)
  • A1B (modéré; équilibré)
  • A1FI (extrême; intensité de combustibles fossiles)
Les données de plus de 6000 placettes forestières dans toute l'Europe ont été analysées.

L'équipe internationale de scientifiques a estimé l'impact économique du changement climatique prévu en fonction d’une vaste fourchette d'augmentations de température (de 1,4 à 5,8°C d’ici 2100). De plus, les scientifique ont utilisé une base de données concernant 6129 placettes forestières réparties régulièrement à travers l'Europe selon une grille de 16 x 16 km et recouvrant environ 2,06 millions de km2 de surface forestière, ainsi qu’un modèle à haute résolution capable de prédire la présence ou l'absence de 32 essences en fonction des différents scénarios climatiques en Europe.

Publication

Climate change may cause severe loss in the economic value of European forest land. By Marc Hanewinkel, Dominik A. Cullmann, Mart-Jan Schelhaas, Gert-Jan Nabuurs, Niklaus E. Zimmermann. Nature Climate Change, online.

Contact

  • M. Hanewinkel sera à l'étranger le 24.9 et joignable au +41 (0)79 444 47 94
  • N. Zimmermann sera à l'étranger le 24.9 et joignable au ++41 (0)78 603 61 96

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