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Figure
1: Rapport entre la récolte méditerranéenne de truffes (moyenne annuelle des
quantités de récolte en provenance d’Espagne, de France et d’Italie; en noir),
les quantités pluviométriques et les températures moyennes (en bleu et en
rouge). Cliquer pour
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Graphique: WSL |
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Figure 2:
Jeune plantation de truffes en Castille-et-Léon (Espagne), comportant des chênes verts (Quercus ilex)
dont les racines ont été inoculées avec la truffe du Périgord (Tuber
melanosporum). Cliquer pour
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Photo: Simon Egli |
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Figure 3: Fructification
de la truffe du Périgord (Tuber melanosporum). Cliquer pour
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Photo: Ulrich Stobbe, Fribourg-en-Brisgau |
| Droits d’auteur: L’Institut fédéral de recherches WSL met gratuitement à disposition le matériel iconographique pour l’illustration d’articles de presse liés à ce communiqué. L’importation de ces illustrations dans des bases de données photographiques et la vente à des tiers sont strictement interdites. |
Une première. Une équipe internationale de chercheurs sous la direction d’Ulf Büntgen et de Simon Egli, de l’Institut fédéral de recherches WSL, a réussi à identifier la cause du recul continuel de la truffe du Périgord (Tuber melanosporum): la sécheresse estivale accrue dans l’espace méditerranéen. Telle est la conclusion d’une étude publiée en ligne le 27 novembre 2012 dans la revue "Nature Climate Change".
La comparaison entre le rendement annuel des truffes du Périgord dans différentes régions – nord-est de l’Espagne (Aragon), sud de la France (Périgord) et Italie du Nord (Piémont et Ombrie), soit dans les trois principaux pays européens concernés par cette culture –, et des enregistrements météorologiques effectués depuis les années 1970, a révélé un lien évident entre le climat estival et les quantités de truffes récoltées. En parallèle, il a été possible de démontrer la corrélation entre la fréquence de ces champignons comestibles convoités sur le plan culinaire, qui poussent à l’état sauvage, et la croissance de leurs arbres-hôtes. En présence de températures relativement basses, avec une pluviométrie élevée entre juin et août, il faut s’attendre à une croissance accrue du chêne et à une bonne récolte de truffes. Si les étés sont au contraire chauds et secs, l’impact sera non seulement négatif sur la croissance de l’arbre, mais aussi sur la production hivernale de champignons entre novembre et février.
En s’appuyant sur de nombreuses modélisations climatiques, les chercheurs tablent sur une poursuite de l’augmentation de la sécheresse dans l’espace méditerranéen et de ce fait, sur un recul continu de la truffe du Périgord en Espagne, en France et en Italie. Mais ils soulignent en même temps qu’aujourd’hui, l’impact du changement climatique est déjà négatif sur nombre d’écosystèmes forestiers de l’espace méditerranéen. Ils prévoient donc des conditions écologiques plus favorables pour les truffes au nord des Alpes. L’habitat naturel des truffes du Périgord, ainsi que leur culture dans des plantations aménagées et entretenues avec soin, pourraient ainsi se déplacer vers le nord, Suisse incluse, à cause du climat.
Cette prévision recoupe les dernières connaissances en provenance de Suisse et du sud de l’Allemagne. Elles décrivent en effet non seulement une augmentation générale de la croissance des champignons, mais attirent encore l’attention sur la fréquence inattendue des habitats de truffe de Bourgogne (Tuber aestivum) au nord des Alpes. Cette espèce de truffe indigène dans nos régions pourrait à l’avenir fortement gagner en importance culinaire, et de ce fait en importance économique.
| Les raisons d’une diminution continuelle de la production de truffes, ces 40 dernières années, étaient jusqu’à ce jour inconnues. Dans les zones traditionnelles de culture en Espagne (Aragon et Catalogne), en France (Périgord) et en Italie (Piémont et Ombrie), cette baisse s’est traduite à la fois par de l’insécurité au niveau local, et au niveau mondial par une augmentation vertigineuse du prix de ces friandises convoitées. Avec un prix pouvant atteindre 2000 €/kg, la truffe du Périgord figure parmi les mets de choix les plus précieux. Une meilleure compréhension des relations entre le climat et la croissance des truffes présente un grand intérêt scientifique et revêt une importance économique directe. L’évolution future des rendements de truffes risque d’amoindrir notamment la force économique des régions rurales faiblement structurées de l’espace méditerranéen. |
Büntgen, U; Egli, S; Camarero, J.J.; Fischer, E.M.; Stobbe, U.; Kauserud, H.; Tegel, W; Sproll, L.; Stenseth, N.C. (2012): Drought-induced Périgord black truffle decline. Nature Climate Change, online.