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14.01.2013

Les cernes des arbres témoignent du passé climatique et culturel en Europe de l’Est

Entnahme von Bohrkernen
Prélèvement d'échantillons sur des poutres historiques de mélèze dans les Carpates slovaques (cliquer pour agrandir).
Photo: Tomás Kyncl
 
Temperaturentwicklung
Variations annuelles des températures en mai et juin entre 1040 et 2011 de notre ère, calculées à partir de 545 échantillons de bois prélevés sur des mélèzes vivants et des poutres de bâtiments historiques dans les Tatras slovaques, au nord-ouest des Carpates.
Grafique: Ulf Büntgen (WSL) (cliquer pour agrandir).
 

Au cours des derniers millénaires, l’Europe de l’Est a traversé des périodes froides, qui ont eu de lourdes conséquences pour ses populations. Les mêmes régions connaissent aujourd’hui les températures les plus élevées de leur histoire. Ces deux constats figurent parmi les conclusions d’une équipe internationale de dendrochronologues dirigée par Ulf Büntgen, de l’Institut de recherches WSL et de l’Université de Berne. Les chercheurs ont reconstitué la première série ininterrompue des températures printanières en Europe de l’Est. Leur étude a été publiée le 14 janvier 2013 dans la prestigieuse revue "Proceedings of the National Academy of Sciences, USA".

Après avoir prélevé 545 échantillons de bois dans le nord des Carpates, en Slovaquie, sur des mélèzes (Larix decidua Mill.) vivants ou sur des poutres en bois de cette essence, les chercheurs les ont datés de manière absolue (par opposition à une datation relative). Ils ont ainsi pu reconstituer les variations de température en mai et juin jusqu’à l’an 1040 de notre ère. Les échantillons originaires des Tatras reflètent l’histoire du climat en Europe de l’Est et particulièrement dans les pays baltes. Ils révèlent plusieurs périodes froides entre environ 1150 et 1400 ainsi qu’au XIXème siècle. La première moitié du XIIème siècle et les années 1400-1780 connurent au contraire des printemps doux. Le réchauffement climatique au cours de la deuxième moitié du XXème siècle n’a pas été égalé pendant les derniers millénaires.

L’équipe de chercheurs* ne s’est pas contentée d’utiliser les cernes des arbres pour reconstruire l’histoire des températures. Elle a aussi comparé les époques climatiques avec les événements culturels passés. Les épidémies de peste, les troubles politiques, les vagues migratoires et les conflits armés coïncident de manière frappante avec les périodes froides. L’histoire de la sédentarisation montre elle aussi des correspondances avec les fluctuations climatiques. La peste noire au milieu du XIVème siècle, la guerre de Trente Ans de 1618 à 1648 et la retraite de Russie de l’armée napoléonienne en 1812 sont trois des exemples les plus marquants d’événements historiques coïncidant avec des épisodes de grand froid en Europe de l’Est.

Ces nouveaux résultats confirment ceux d’une étude similaire, basée sur l’analyse des cernes des arbres en Europe centrale, et également dirigée par Ulf Büntgen. Celui-ci met en garde contre des interprétations hâtives et simplistes: «Les relations entre le climat et l’histoire sont d’une extrême complexité, et leur étude est loin d’être achevée. Nous savons toutefois aujourd’hui que des séries de mesures de cernes complètes bien documentées et soigneusement analysées renferment bien davantage d’informations que ce que l’on pensait jusqu’à présent.» Des données issues d’autres prélèvements, des études indépendantes et des collaborations interdisciplinaires permettront donc de livrer des résultats encore plus détaillés.

* Partenaires de l’étude:

Sources bibliographiques

Büntgen, U.; Kyncl, T.; Ginzler, C.; Jacks, D.S.; Esper, J.; Tegel, W.; Heussner, K.U.; Kyncl, J. (2013): Filling the Eastern European gap in millennium-long temperature reconstructions. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA.

La dendrochronologie (du grec dendron = arbre, chronos = temps, et logos = étude) englobe toutes les disciplines scientifiques qui utilisent l’analyse des cernes des arbres à des fins de datation. Le terme de «dendrochronologie» a été inventé par l’astronome américain Andrew E. Douglass (1867-1962). Cette méthode est aujourd’hui un outil incontesté pour les sciences de la terre, de l’archéologie, l’histoire de l’art et la protection du patrimoine culturel et architectural.
La dendroécologie, quant à elle, traite de questions relatives à la reconstitution de conditions environnementales passées, par exemple le climat – on parle alors de dendroclimatologie. Cette dernière permet d’estimer de manière fiable les fluctuations climatiques passées pendant les périodes annuelles de végétation.

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