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Scolytes: l'été pluvieux de 2021 a apaisé la situation

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16.03.2022 | Protection de la forêt suisse (WSS) | News WSL

 

Après avoir causé, en 2019 et 2020, des exploitations forcées de bois d'épicéa de plus d'un million de mètres cubes par an en Suisse, les dégâts du typographe (Ips typographus) sont redescendus en dessous de la barre du million. C'est ce que rapporte le groupe Protection de la forêt suisse (WSS) de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. Les exploitations forcées en été ont diminué de moitié, passant à 389 000 m3, et le nombre de foyers d'infestation et de scolytes capturés par piège a lui aussi nettement diminué.

 

Les chiffres sont encourageants. Ainsi, les exploitations forcées en été ont baissé de 52% à l'échelle nationale en 2021 pour atteindre seulement 389 000 m3, ce qui s'est également clairement reflété au niveau cantonal. Seuls trois cantons (Appenzell Rhodes-Intérieures, Nidwald et Valais) ont enregistré des exploitations forcées estivales supérieures à celles de l'année précédente. Le nombre de foyers d'infestation a également diminué de 40% en 2021 par rapport à l'année précédente.

Le volume de bois infesté initialement estimé à 1,5 million de m3 pour l'année 2020, comprenant les exploitations forcées estivales réelles en 2020 ainsi que les estimations empiriques des exploitations forcées d'hiver (2020/21) et du bois infesté laissé sur pied (2020), n'a heureusement pas été atteint. Il s'est élevé au total à un peu plus de 1,2 million de mètres cubes (Stroheker et al. 2020, Fig. 1, Tab. 1).

 

La taille des foyers d'infestation est restée constante

On observe également un net recul du nombre de coléoptères capturés dans les pièges à phéromones. Avec une moyenne de 18 000 typographes par piège, le nombre de coléoptères capturés a diminué de près de 40% par rapport à 2020. Au total 1665 pièges ont été posés, soit environ 15% de moins que l'année précédente. Le fait que le nombre de foyers d'infestation, le volume de bois infesté et le nombre moyen de scolytes capturés aient diminué dans le même ordre de grandeur indique que la taille des foyers d'infestation est restée à peu près constante dans toute la Suisse par rapport à l'année précédente.

Le recul des dommages causés par les scolytes a été favorisé par le climat de l'année 2021, caractérisé par des précipitations abondantes et des températures moins élevées que ces dernières années. Le printemps a été marqué par un temps froid et humide et l'été a également été très pluvieux, en particulier au nord des Alpes. De plus, il n'y a pas eu de vagues de chaleur et localement, le nombre de journées tropicales a été inférieur à celui de l'année précédente (MétéoSuisse 2022).

 

Envol massif durant de courtes fenêtres de temps

Les données issues du modèle de simulation du typographe (http://www.bostryche.ch/index_FR) montrent qu'en raison des conditions météorologiques défavorables au printemps et au début de l'été, l'essaimage des typographes hivernants a parfois été légèrement retardé par rapport aux trois dernières années. Toutefois, le début du vol se situe à peu près dans la moyenne des dix dernières années. Durant les rares fenêtres de temps, souvent relativement courtes, où les conditions de vol étaient favorables, les coléoptères ont pu s'envoler en masse. C'est ce qui a été observé par exemple sur quelques sites en Valais, où l'on a constaté un envol massif de la génération de typographes hivernante durant quelques fenêtres de temps relativement courtes. Celle-ci a causé en peu de temps de nombreux petits dégâts épars et a contribué au doublement du volume des exploitations forcées estivales obligatoire annoncé par le canton par rapport à l'année précédente.

L'augmentation mentionnée ci-dessus des exploitations forcées estivales annoncée pour les cantons d’Appenzell Rhodes-Intérieures, Nidwald et Valais pourrait aussi être un effet retard, dans lequel il a fallu traiter les dégâts secondaires liés au bois infesté laissé sur place et qui n'avait pas pu être éliminé à temps en 2020. En 2021, aucune annonce n'a été faite concernant le développement d'une troisième génération de typographes, ce qui correspond d’ailleurs aux données du modèle de simulation de l'évolution du typographe. Le site Internet de ce modèle permet de visualiser l'évolution actuelle du typographe pour les différentes régions économiques de Suisse, y compris les dates approximatives des vols d'essaimage. Il est également possible de consulter un pronostic sur l'évolution de la situation jusqu'à la fin de l'année.

Le modèle, qui est librement et gratuitement accessible, est donc un outil pour la planification des contrôles des infestations de scolytes. Il fournit également des indications sur la date jusqu'à laquelle les épicéas infestés doivent être exploités afin de ne pas dépasser l'envol de la nouvelle génération de scolytes.

 

Perspectives

L'année 2021, très pluvieuse et marquée par des températures modérées, a probablement permis aux épicéas de se remettre quelque peu du stress hydrique répété de ces dernières années (MétéoSuisse 2022). Cela devrait donc avoir un effet positif sur leur potentiel de défense face aux attaques de scolytes. Les premières estimations ont par ailleurs indiqué que le volume de bois infesté laissé sur pied avait également diminué jusqu'à 50% par rapport à l'année précédente, ce qui devrait avoir un effet négatif sur la pression d'infestation du typographe. Si le prix du bois ne connaît pas d'évolution négative et qu'aucun dégât exceptionnel dû à une tempête ou à des chutes de neige ne vient s'ajouter au cours de l'année 2022, mettant à disposition du typographe un matériel de ponte plus important, le volume de bois infesté pourrait donc continuer à diminuer au niveau national.

Il faut toutefois partir du principe que l'apaisement de la situation du typographe observé actuellement n'offre aux peuplements d'épicéas qu'un répit de courte durée. Les prévisions indiquent que les températures moyennes ainsi que la fréquence et l'intensité des événements extrêmes tels que les tempêtes ou les sécheresses vont continuer à augmenter au cours des prochaines décennies en raison du changement climatique (Allen et al., 2010 ; Seidl et al., 2014). Cela entraîne d'une part une prédisposition accrue des épicéas à l'infestation en raison du stress hydrique ainsi qu’un matériel de ponte plus important pour les typographes. D'autre part, les stations plus chaudes de Suisse pourront à l'avenir permettre plus fréquemment la formation de trois générations de typographes, ce qui augmentera encore la pression d'infestation sur les peuplements d'épicéas (Jakoby et al., 2019).

En plaine, le volume d'épicéas va donc continuellement diminuer au cours des prochaines années (dégâts de scolytes, transformation de la forêt, etc.), ce qui entraînera également à long terme une diminution du matériel de ponte approprié pour les scolytes. Malgré cela, il faut continuer à fixer des priorités dans la gestion, en particulier dans les endroits où les peuplements d'épicéas jouent un rôle protecteur, même en plaine. Outre les exploitations forcées prioritaires, il est également recommandé d'exploiter à temps les peuplements d'épicéas prêts à être récoltés dans les stations sensibles à l'attaque du typographe. À long terme, cette évolution conduira en plaine à une réduction de la proportion de résineux et à une conversion des forêts fortement enrésinées en faveur des feuillus.

 

POUR EN SAVOIR PLUS