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Le sauvetage du châtaignier

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Un champignon menace d’anciennes et précieuses châtaigneraies. Pour le combattre, chercheurs et praticiens s’allient et testent de nouvelles méthodes de traitement.

Les châtaigneraies sont typiques du Tessin bien que le châtaignier pousse aussi au nord des Alpes. Jusqu’aux années 1950, il était considéré comme «l’arbre à pain des pauvres», mais il est ensuite tombé dans l’oubli. Il connaît actuellement une renaissance: ces douze dernières années, l’association «IG Pro Kastanie Zentralschweiz» a par exemple remis en état de nombreuses châtaigneraies retournées à l’état sauvage autour du lac des Quatre-Cantons, notamment sur le site de Chestenenweid près de Weggis (LU). Des arbres dont l’âge pouvait atteindre 150 ans, ont été coupés, d’autres plantés, et le terrain a été débroussaillé.

Page sur le projet du WSL

 

Or les châtaigniers du nord des Alpes sont menacés par une maladie mortelle, le chancre de l’écorce du châtaignier. Celui-ci est provoqué par le champignon Cryphonectria parasitica qui infeste l’écorce, et entraîne le dépérissement de branches, voire d’arbres entiers. «Dans l’aire de Chestenenweid également, 40 % des châtaigniers sont déjà atteints», estime Emanuel Helfenstein, spécialiste en sciences forestières et chef de projet chez IG Pro Kastanie Zentralschweiz. Pour sauver les arbres, il n’existe actuellement qu’une méthode efficace: la lutte biologique contre le champignon. On utilise à cet effet un virus qui infeste naturellement le champignon et l’affaiblit. Les zones malades – appelées chancres – guérissent par la suite, et les arbres survivent. Tandis que le virus s’est propagé de lui-même au sud des Alpes, il faut l’aider un peu au nord.

«La lutte biologique fonctionne bien», déclare Simone Prospero, collaborateur dans le groupe Phytopathologie du WSL. Avec sa collègue, Francesca Dennert, il effectue des traitements sur mandat de différents cantons. Les chercheurs isolent à cet effet la souche de champignon dans l’écorce d’un châtaignier infesté. Ils transmettent en plusieurs étapes le virus affaibli au champignon dans le laboratoire phytosanitaire du WSL. Puis, ils le font se multiplier jusqu’à ce qu’il devienne une sorte de pâte fongique. Suit alors l’application: dans le tronc ou sur les branches du châtaignier originel, de petits trous sont forés autour de la zone infestée pour y insérer la pâte fongique. Le virus gagne le champignon dans l’arbre si bien que quelques mois ou quelques années plus tard, le chancre de l’écorce disparaît.

Traitement chronophage

«Appliquer la pâte n’est pas difficile, mais demande du temps», explique Emanuel Helfenstein, qui effectue lui-même des traitements sur le terrain. Il lui faut souvent plus d’une heure par arbre. Pour rendre l’application plus simple et plus rapide, le WSL teste de nouvelles méthodes dont un spray fongique. Sur le site de Chestenenweid, un projet de recherche initié par IG Pro Kastanie est en cours actuellement. Les chercheurs du WSL, en collaboration avec Emanuel Helfenstein, y étudient l’impact de bouts de bois qui hébergent le virus. Ceux-ci sont juste accrochés aux branches ou au tronc du châtaignier. «La pluie lessive en effet les spores, leur permettant de pénétrer dans l’écorce où elles transmettent le virus salvateur», précise Simone Prospero.

Les tests précédents sont prometteurs. «Mais il faut attendre les essais de Chestenenweid pour voir si la méthode fonctionne réellement», déclare Simone Prospero. Les deux parties profitent de ces travaux: le WSL, car il est tributaire de sites expérimentaux appropriés pour sa recherche; l’IG Pro Kastanie Zentralschweiz, car les résultats de recherche facilitent la lutte contre le chancre de l’écorce du châtaignier et peuvent ainsi contribuer à sauver les châtaigniers au nord des Alpes.
(Claudia Hoffmann, Diagonale 2/19)

Association IG Pro Kastanie Zentralschweiz

 

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