19.02.2026 | CNR / Beate Kittl | WSL News
Une nouvelle étude montre que le célèbre luthier Antonio Stradivari sélectionnait systématiquement du bois provenant des forêts alpines de haute altitude, en particulier de la vallée de Fiemme (Val di Fiemme) dans le Tyrol du Sud, en Italie. Pour cela, une équipe internationale de recherche, dont fait partie l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, a analysé 314 séries chronologiques de cernes de croissance issues de 284 violons authentiques du maître de Crémone.
Communiqué original du Consiglio nazionale delle ricerche (CNR) en Italie
- Une étude internationale montre que le luthier Antonio Stradivari s'approvisionnait principalement en bois du Tyrol du Sud, surtout pendant sa période de floraison.
- Le bois des épicéas ayant poussé pendant le minimum de Maunder (1645-1715), caractérisé par des températures basses et des périodes de croissance courtes, se prêtait particulièrement bien à la fabrication des tables d’harmonie.
- L’étude a été publiée dans la revue scientifique Dendrochronologia.
Les violons d’Antonio Stradivari doivent leur qualité non seulement au génie du luthier, mais aussi au bois sélectionné avec grand soin. Les épicéas qu’il utilisait provenaient de forêts alpines situées en altitude, notamment dans la Val di Fiemme. De plus, l’époque à laquelle ces arbres ont poussé se caractérisait par des températures basses et des périodes de végétation courtes.
C’est le résultat d’une étude internationale qui a analysé 314 séries chronologiques de cernes de croissance provenant de 284 violons authentiques de Stradivari. Les résultats montrent que le maître de Crémone sélectionnait systématiquement un bois d’une homogénéité remarquable, idéal pour les tables d’harmonie. Publiée dans la revue Dendrochronologia, cette étude constitue la plus vaste analyse dendrochronologique jamais consacrée à l’œuvre du célèbre luthier.
Trouver le bois idéal
«De nombreux instruments présentent des séries de cernes très similaires. Cela suggère que Stradivari utilisait souvent des planches issues d’un même tronc pour fabriquer différents violons, même lorsque ceux-ci étaient produits à plusieurs années d’intervalle. Ce comportement reflète une sélection du bois très minutieuse. Il cherchait à utiliser des matériaux qu’il considérait comme particulièrement adaptés», explique Mauro Bernabei du Consiglio nazionale delle ricerche (CNR) italien, coordinateur de l’étude.
Les analyses mettent en évidence la qualité particulière des épicéas (Picea abies) ayant poussé en altitude, caractérisés par des cernes fins et réguliers. «Les cernes analysés montrent également que ces épicéas ont connu une croissance particulièrement lente, ce qui ne correspond pas à leurs conditions de croissance actuelles. Les cernes reflètent plutôt le climat du minimum de Maunder (environ 1645–1715 apr. J.-C.), une période d’activité solaire réduite et de refroidissement général», précise M. Bernabei.
L’étude constate également un tournant décisif dans le travail de Stradivari au début du XVIIIe siècle. Les propriétés du bois de ses premiers violons indiquent des provenances variées, qui ne peuvent pas toujours être localisées avec précision. En revanche, au sommet de sa maturité artistique et technique, appelée «l’âge d’or», Stradivari s’approvisionnait presque exclusivement en épicéa du Val di Fiemme, dans l’est du Trentin.
«Avec les données issues des cernes des arbres, on soupçonnait déjà que de nombreux luthiers du nord de l'Italie au XVIIIe siècle utilisaient du bois d'épicéa provenant du Val di Fiemme», explique Paolo Cherubini, chercheur au WSL et co-auteur de l'étude. «Grâce à l'analyse de près de 300 violons de Stradivari, nous avons pu démontrer que le maître utilisait, presque exclusivement, ce type d'épicéa au sommet de sa carrière.»
Selon les scientifiques, ces résultats affinent les connaissances sur la sélection des matériaux par Stradivari. Ils témoignent d’une connaissance précise des propriétés du bois et confirment l’importance des forêts alpines pour la tradition de la lutherie à Crémone. «L’approfondissement des analyses dendrochronologiques permet de mieux comprendre comment le climat, l’environnement et les choix du luthier ont contribué à la fabrication d’instruments aujourd’hui considérés comme inégalés », conclut M. Bernabei.
Communiqué original du Consiglio nazionale delle ricerche (CNR) en Italie
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