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Un tiers du paysage suisse est proche de l’état naturel

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7.3.2019 | auteur : Beate Kittl |  News WSL

 

Un tiers du paysage suisse est encore largement inaccessible et proche de l’état naturel, indique un rapport de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. Ces espaces libres se trouvent surtout sur les versants raides rocheux et glaciaires de haute montagne. Pour les protéger et les utiliser de manière durable, un aménagement du territoire plus cohérent serait nécessaire, argumentent les auteurs.

 

Les régions préservées, sans infrastructures telles que routes, bâtiments ou remontées mécaniques, sont aussi rares qu’appréciées en Suisse. Elles attirent les foules cherchant à se détendre, et ornent les prospectus des lieux de villégiature. Elles sont cependant réparties de manière très irrégulière sur le territoire. Car l’aménagement du pays se poursuit inexorablement. Deux chercheurs en paysage au WSL ont recensé les zones encore largement intactes et proposé des solutions pour les préserver grâce à des mesures d’aménagement du territoire.

 
 

En effet, ces espaces libres assurent non seulement des fonctions écologiques essentielles à la vie, mais présentent aussi une valeur matérielle et immatérielle importante, que ce soit pour l’attractivité de la Suisse auprès des touristes et entreprises, ou pour la qualité de vie et la détente de la population. La Suisse affronte un double défi, d’une part celui de la protection de paysages naturels et du patrimoine culturel, et d’autre part la promotion du tourisme, de la production énergétique et d’autres développements économiques.

Pour leurs recherches, Gero Nischik et Marco Pütz ont classé les infrastructures comme les voies de communication, les bâtiments, les installations sportives, les voies ferrées ou centrales énergétiques en « gênantes » et « non gênantes », sur la base d’une enquête préalable auprès de la population. Grâce à un système d’information géographique (SIG), ils ont positionné les infrastructures « gênantes » et calculé leur degré de « perturbation » pour le paysage. Ils ont qualifié d’« espaces proches de l’état naturel » les paysages où de telles infrastructures « gênantes » ont un impact sur moins de 20 % de la surface. Pour autant, ces espaces servent à la détente dans la nature ainsi qu’à une exploitation forestière, cynégétique et agricole durable. Avec cette délimitation, les auteurs tiennent compte du fait que les aspects de protection et d’exploitation doivent être traités de manière sensiblement équivalente. Ils ont ensuite porté leurs résultats sur une carte de la Suisse.

Selon ces critères, ils ont identifié près de 2400 régions couvrant au total un tiers de tous les espaces paysagers suisses, et délimitées par une modélisation hydrologique. Environ la moitié de ces espaces sont déjà sous protection nationale ou cantonale, que ce soit par des parcs ou des inventaires fédéraux. Les cantons présentant la plus grande proportion de surfaces proches de l’état naturel sont les Grisons, Uri, Glaris et le Valais.

Surfaces préservées : presque uniquement en montagne

Cependant, la plus grande partie des espaces proches de l’état naturel est constituée de versants raides rocheux et glaciaires, sans végétation, à plus de 2000 m d’altitude, là où un aménagement serait difficile et onéreux. La proportion d’espaces proches de l’état naturel à des altitudes inférieures à 500 m est de plus en plus faible avec 0,2 %.

La moitié des surfaces libres ne se trouvant pas dans des zones protégées est menacée par la construction d’aménagements de loisirs, de centrales énergétiques et autres installations. « Il faut continuer à sécuriser dans l’aménagement du territoire les espaces libres qui existent encore », écrivent les auteurs. Car l’espace utilisable par la population est limité, et le paysage est très important pour la population et pour la Suisse.

Les auteurs estiment qu’il existe pour ceci des bases légales solides dans le cadre de la révision de la loi sur l’aménagement du territoire. « Les obstacles à une protection efficace des surfaces sont les lacunes d’exécution et une mise en œuvre insuffisante », affirme Gero Nischik. Pour répondre à cette problématique, non seulement la population, mais aussi et surtout le monde politique devraient développer une conscience plus marquée de la valeur des régions inexploitées pour la détente, les loisirs, un tourisme proche de la nature ainsi qu’une agriculture durable. Des incitations économiques ou l’encouragement au démantèlement de routes ou autres constructions pourraient renforcer la protection de ces espaces libres – conjointement à l’allocation de ressources suffisantes aux services compétents pour l’aménagement du territoire. Il serait également envisageable de définir des valeurs limites ou indicatives pour la consommation de surfaces (« certificats de surface »), sur le modèle des valeurs de protection de l’air.

Le temps est compté. « L’exploitation du territoire suisse progresse à un rythme qui exige une préservation rapide et cohérente des espaces proches de l’état naturel », conclut Gero Nischik. Faute de quoi, toujours plus d’espaces libres, jusqu’ici exempts de routes, chemins de fer ou installations de transport touristique, deviendront des zones d’habitation, d’industrie ou de circulation, aux dépens du paysage et de l’écologie.

 

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