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Le frêne a-t-il un avenir ?

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24.11.2021 | Stephanie Kusma | News WSL

 

Le dépérissement des pousses du frêne touche aujourd'hui toute la Suisse et de nombreux autres pays d'Europe centrale tandis qu'un coléoptère exotique, l'agrile du frêne, menace à l'horizon. Tout espoir n'est cependant pas perdu, estiment les spécialistes réunis à l'Institut fédéral de recherches WSL.

 

Après la tempête Lothar il y a une bonne vingtaine d'années, on s'est inquiété d'un «enfrênement» de la Suisse: le frêne, très concurrentiel et à l'époque deuxième essence feuillue en Suisse, s'installait sur de nombreuses zones de chablis. Ces préoccupations sont de l'histoire ancienne. Lors de la conférence internationale «Zukunft der Esche» qui a réuni au WSL des spécialistes de la recherche, de la pratique et des autorités la semaine dernière, un des participants a résumé ainsi la situation actuelle du frêne en Suisse: «Nous nous réjouissons de chaque frêne en bonne santé.»

Cette essence souffre considérablement du dépérissement des pousses du frêne (ou flétrissement du frêne, ou chalarose). Causée par un champignon introduit d'Asie (Hymenoscyphus fraxineus), cette maladie touche aujourd'hui toute la Suisse et une grande partie de l'Europe centrale. Les frênes infectés perdent leurs feuilles; leurs pousses meurent et leurs couronnes se dégarnissent. Certains présentent des nécroses à la base du tronc, qui constituent un point d'entrée pour d'autres organismes nuisibles.

 

La plupart des frênes sont infectés

Alors que les arbres adultes peuvent résister longtemps au champignon, les plus jeunes meurent souvent en quelques années. La majorité des frênes de Suisse et de la plupart des pays d'Europe sont infectés et présentent des symptômes de la maladie. Le frêne n'est plus que la troisième essence feuillue en Suisse et pourrait bien encore reculer à l'avenir.

«Pourtant, nous constatons dans toute l'Europe centrale qu’un petit pourcentage de frênes tolèrent la maladie», a résumé Eckehard Brockerhoff du WSL en conclusion de la conférence. «On n'insistera jamais assez sur l'importance de laisser en place les arbres apparemment sains», a-t-il souligné à plusieurs reprises.

 

Des incitatifs pour conserver des frênes en bonne santé

Il importe de laisser autant de frênes sains que possible dans la forêt, en particulier pour préserver les individus potentiellement tolérants au champignon et au coléoptère. De tels arbres pourraient en effet assurer la pérennité du frêne. Par ailleurs, ils sont essentiels pour la recherche sur la résistance et la sélection d'arbres tolérants. Du point de vue des forestiers, l’abattage de ces arbres peut toutefois se justifier pour des raisons économiques ou de sécurité. Des incitations ciblées pour leur maintien pourraient donc être utiles, comme l’a suggéré un participant à la conférence.

Des programmes de sauvegarde du frêne n’existent pas seulement en Suisse, mais aussi dans de nombreux pays européens. «Cela laisse espérer que le frêne conservera ses adaptations régionales», explique Valentin Queloz, l'un des organisateurs de la conférence. L'une des approches suivies par toutes les équipes impliquées est la recherche sur la résistance. En Autriche, par exemple, il est prévu de planter dans des vergers à graines des frênes issus d'arbres parents résistants afin de produire des graines dans 15 à 20 ans.

 

Virus contre champignon

Il existe d'autres pistes: au WSL, par exemple, on explore celle de virus susceptibles d’infecter le champignon pathogène et de le rendre moins dangereux pour le frêne, et donc de devenir une arme biologique contre le dépérissement des pousses de frêne. Ailleurs, des chercheurs évaluent des essences qui pourraient remplacer le frêne en cas de scénario catastrophe – pour la biodiversité comme pour la filière bois.

Même en ce qui concerne l'agrile du frêne (Agrilus planipennis), il reste de l'espoir. Les larves de ce coléoptère se nourrissent principalement de l'écorce des frênes. Comme le champignon, elles ne s'attaquent guère aux espèces asiatiques de frênes, mais peuvent être mortelles pour d'autres. Le coléoptère s'est déjà établi dans une grande partie des États-Unis ainsi que dans l'ouest de la Russie et les régions voisines en Ukraine.

D'une part, certaines mesures de précaution visent à empêcher l’introduction en Suisse de cet organisme nuisible. D'autre part, de nouveaux résultats du WSL suggèrent que certains arbres pourraient présenter une résistance croisée entre le dépérissement des pousses du frêne et l'agrile : les frênes tolérants au champignon semblent également mieux tenir l'insecte en échec.

 

L'espoir est permis

Eckehard Brockerhoff résume ainsi la situation: «Il reste de l'espoir pour le frêne.» Même si cet espoir semble plus fort parmi les chercheurs que dans la pratique, qui est directement confrontée aux arbres malades et dépérissants. Mais même parmi les forestiers, certains voient de la lumière dans l'obscurité: la disparition de frênes peut, par exemple, favoriser les éclaircies naturelles et la présence d'autres essences d'arbres.

 

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